Équité urbaine et espaces publics ?

L’espace public est-il vraiment un espace commun qui appartient à tout le monde, comme le veut la pensée populaire ? La délégation Rhône-Alpes a réuni près de 70 participants pour plancher sur ce sujet*, en abordant des thématiques variées et complémentaires, comme la place des sans-abri en ville, le rapport entre espace public et genre, et en prenant également pour exemple la réhabilitation de quartiers aux caractéristiques particulières.

Dans l’espace public, l’équité urbaine se joue sur plusieurs tableaux. La question de l’usage en est un : quel est le juste dosage entre mélange et séparation des usages ? En s’appuyant sur un cliché présentant les nouveaux aménagements réalisés sur le cours Jean Jaurès à Grenoble où circule désormais le tram, Marie-Christine Couic, docteure en sociologie et urbaniste, a démontré comment l’espace public pouvait se trouver morcelé. Entre trottoirs, pistes cyclables, voitures, bancs trop petits pour s’allonger, bande de gazon pour le passage du tram… les nombreux usages placés côte-à-côte, parfois séparés de quelques barrières, créent un espace tronçonné : ici, on ne voit plus un espace public mais une série d’usages proposés. A l’inverse, la présentation de la réhabilitation des berges du Rhône à Lyon par Emmanuel Jalbert, paysagiste et urbaniste, montrait qu’il est possible de mêler ces usages sans morceler l’espace. En accompagnant fortement le changement, la ville a su trouver le bon dosage pour que les habitants s’approprient l’espace public et y ajoutent même de nouveaux usages.

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Visuel issu du document de présentation d’Emmanuel Jalbert sur les Berges du Rhône

La réappropriation de l’espace public par les habitants demande souvent un fort investissement des pouvoirs locaux en amont, pour réfléchir au projet puis le développer. Ce temps est parfois bousculé par un calendrier politique : Priscilla Tetaz, présidente de la Fédération française du paysage Rhône-Alpes Bourgogne, Auvergne Franche-Comté, a insisté sur ce point car pensé trop rapidement, un projet entier peut s’en trouver contrarié. Les étapes de la concertation politique et urbaine sont primordiales pour parvenir à cerner les questions à résoudre. Catherine Grandin, directrice du CAUE du Rhône, montre que la gestion de l’espace public est un enjeu important dans la négociation des gouvernances territoriales. Les espaces publics urbains, ruraux ou périphériques ne sont pas fondamentalement différents, ils représentent les habitants et les inscrivent dans un vaste réseau.  Mais le projet d’un espace public n’est pas fini au moment où les travaux sont achevés : Jacques Vialettes, président de la SFU, tient à souligner que les usages faits d’un lieu ne sont pas forcément ceux qui étaient attendus. Une part de la réflexion vient en aval, afin d’inclure les commentaires des habitants et de parfaire le projet avec eux, car de nouvelles demandes apparaissent. Le travail de Mathieu Percheminier, chef de projet du plan stratégique local de Monclar, un quartier difficile d’Avignon, en est un bon exemple.

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Photos issues du document de présentation de Mathieu Percheminier

Mêlant des habitants d’origine gitane et d’autres du Maghreb, le quartier Monclar est à la fois sensible et dynamique. Peu aménagé, l’espace public n’était plus vraiment entretenu. Les femmes, qui préféraient se retrouver à l’écart avec les enfants, se sont progressivement réinstallées au cœur du quartier grâce aux nouveaux aménagements qui ont consisté à redéfinir des usages : en démolissant et en restructurant les voies, en installant du nouveau mobilier urbain, des bancs, des jeux d’enfants, l’état d’esprit du quartier a changé. De ces changements ont découlé de nouvelles envies -pas toutes réalisables, comme cette demande d’avoir une piscine !- qui dénotent la réappropriation de l’espace. Ainsi, alors que les travaux se sont achevés, les habitants ont pris le relais et prolongent la réflexion en imaginant d’autres pistes pour l’amélioration de cet espace public réaménagé.

A l’écoute de ces exposés, Pascale Pichon, professeure de sociologie et responsable du Master Espace public à Saint-Étienne, posait la question de la charge portée par l’espace public : les politiques ne le chargeraient-ils pas de trop d’intentions ? Ne faudrait-il pas garder également une part de vide pour que chacun y trouve son compte ?

*Les organisateurs tiennent à remercier leur partenaires, l’Institut d’urbanisme de Lyon, l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Saint-Etienne, l’Ecole supérieure d’art et de design de Saint-Etienne, le CAUE du Rhône, la Communauté urbaine du Grand Lyon, la Fédération Française du paysage Rhône-Alpes Bourgogne Auvergne Franche Comté, l’Association des étudiants et diplômés de l’Institut d’urbanisme de Lyon Urba & Orbi, les Universités Jean Moulin et Lyon 2.

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Sans-abri : quand la sphère privée se joue en public

Chantal Deckmyn, Architecte, urbaniste et anthropologue*, était conviée à participer à ces rencontres afin de présenter ses travaux sur la place des SDF dans la ville. Les sans-abri n’ont aucune défense au-delà de leur corps, les rendant particulièrement sensibles au caractère peu accueillant de l’espace public. Ne formant ni un groupe ni une classe, les personnes vivant dans la rue sont parfaitement hétérogènes, accentuant de fait leur vulnérabilité. Ils évoluent dans un espace public contemporain n’offrant ni ressources, ni confort, à aucun moment ils ne peuvent se réfugier dans un lieu privé pour se ressourcer. Contraints par les modalités d’accueil à un emploi du temps très cadencé, les SDF doivent se déplacer en permanence dans la ville pour parvenir à se nourrir, changer quotidiennement de lieu d’accueil, quêter, obtenir divers services pour l’habillement ou la douche…

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Les trajets quotidiens de Roger – Visuels issus du rapport « La place des SDF dans la ville », de Chantal Deckmyn

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Ces conditions de vie posent la question de la marge de négociation dont jouit celui qui ne dispose pas d’un espace privé, mais aussi de comprendre pourquoi la ville, si hostile dans son agencement, n’a rien fait pour gagner en hospitalité vis-à-vis de cette population. Intervenir pour que les sans-abri trouvent une place dans l’espace public devrait pourtant, selon Chantal Deckmyn, réintroduire une éthique de la ville et profiter à tous. On pourrait même s’attendre à ce qu’un meilleur accueil enclenche une dynamique de cercle vertueux entre les habitants et les sans-abri.

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Visuels issus du rapport « La place des SDF dans la ville », de Chantal Deckmyn

*Également directrice de l’ Agence Lire la ville à Marseille

L’usage des parcs selon les genres

Sophie Louargand, maître de conférences à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble et chercheuse à l’UMR Pacte, est en train de réaliser un travail sur l’usage fait de cinq parcs de l’agglomération grenobloise, selon que l’on est une femme ou un homme.

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Carte issue du document de présentation de Sophie Louargand

32% des femmes vont dans les parcs pour la détente et le contact de la nature, et 25% des hommes s’y rendent pour la pratique de loisirs ou d’un sport. Ses conclusions provisoires semblent s’orienter vers le fait qu’il existe une pratique mixte de ces espaces. Mais selon la chercheuse, il serait nécessaire de dépasser ce constat et d’observer en détail les résultats, qui traduisent d’autres phénomènes. L’usage des parcs est mixte, mais les pratiques sont relativement séparées et différenciées : 54% des femmes pratiquent les espaces de nature accompagnées ou pour des pratiques sociales, se disant ainsi plus sécurisées, contre seulement 36% des hommes. Certains lieux des parcs sont aussi exclusivement utilisés par les hommes, comme l’espace de pétanque. Les parcours sont donc différenciés, il existerait une stratégie d’évitement de certains lieux. La chercheuse en déduit qu’il ne faut pas se satisfaire des apparences premières, mais qu’un travail pédagogique pour un meilleur partage de l’espace pourrait être envisagé.

JMU 2014 : L’équité urbaine, la synthèse

Du 25 octobre au 8 novembre dernier, la Société Française des Urbanistes organisait ses Journées mondiales de l’urbanisme avec de très nombreux partenaires : Instituts d’urbanismes et universités, écoles d’architecture, CAUE, villes et communautés urbaines, départements, ainsi que le Ministère du logement, de l’égalité des territoires et de la ruralité.

Chaque région organisait une rencontre sous forme d’atelier, de forum ou de visite organisée, à laquelle étaient conviés les associations, étudiants, professionnels, enseignants, chercheurs, élus ou artistes désireux de se joindre aux discussions.

Ces journées sont l’occasion, pour les urbanistes, de s’interroger sur leurs pratiques professionnelles, de débattre à partir de problématiques précises et de cas concrets, et de tâcher de gagner en profondeur dans leur pratique quotidienne grâce à ces temps de réflexion.

Équité urbaine : l’année de Medellín, le thème s’imposait

Il semblait naturel, pour l’édition 2014, de rester dans la continuité du travail entamé lors du forum mondial organisé par ONU-HABITAT en avril dernier à Medellín, en Colombie, et dont le thème était l’équité urbaine (voir encadré). Après avoir participé à l’étude du sujet à l’échelle mondiale, la SFU s’est proposée de le décliner dans les régions et sous divers angles pour déterminer comment, dans la pratique quotidienne en France, s’appliquait l’équité urbaine.

Car l’équité urbaine est fondamentalement l’un des piliers de l’urbanisme, et ce depuis que cette nouvelle discipline destinée à fabriquer une ville meilleure pour tous naissait, il y a un peu plus de 100 ans.

Mais comment prétendre à une équité urbaine en développement, avec pour volonté des « villes pour la vie », si les fondamentaux de l’urbanisme intégré, participatif et coopératif, ne sont pas posés, en terme de conception, de réalisation et de gestion? Face aux crises actuelles et aux inégalités touchant principalement les groupes vulnérables (personnes âgées, femmes, jeunes…), la Société Française des Urbanistes interpelle depuis longtemps les décideurs. Par quels moyens peut-on améliorer la redistribution des ressources de la ville et l’accès aux opportunités urbaines, en donnant une voix dans les processus de planification à la pluralité d’acteurs qui compose et façonne la ville ? Quels outils peuvent être mis à la disposition des autorités locales pour assurer la définition et la conduite d’un projet de territoire partagé ?

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La synthèse – Crédit photo Marjolaine Koch

 

Pour esquisser des pistes, les délégations régionales ont chacune choisi un thème en lien avec l’équité urbaine :

  • L’ARI-SFU (Ile-de-France) a choisi de traiter de l’équité urbaine en Seine-Saint-Denis : du mal-logement au bien bâtir ;

  • La SFU Nord-Pas de Calais et Picardie s’est penchée sur le lien entre équité urbaine et mobilité ;

  • La SFU PACA a fait l’inventaire des outils de l’urbaniste, des procédures, règlements en lien avec l’équité urbaine ;

  • La SFU Bretagne et Pays de Loire a abordé la question de l’urbanisme participatif et de l’équité urbaine ;

  • La SFU Aquitaine et Sud-Ouest a joint ses forces à un projet local d’envergure, Échanges Urbains, un grand rendez-vous bisannuel qui valorise les projets d’aménagement et d’urbanisme durable, dont le thème recoupe la question de l’équité urbaine ;

  • La SFU Rhône-Alpes s’attelait, enfin, à la notion d’équité urbaine dans l’espace public.

Les constats

L’origine de ces multiples réflexions provient du forum de Medellín, dont il ressort que les mutations opérées par la ville, qui ont contribué à modifier considérablement la qualité de vie des habitants, ont inspiré beaucoup d’autres pays. Grâce à un travail de fond, les liens entre les acteurs publics, les acteurs économiques et les habitants se sont tissés, par le biais des nouvelles infrastructures mises à disposition, qu’elles soient culturelles, sociales ou liées au transport. De quelle façon, en France, est-on capable d’adopter cette même logique qui consiste à améliorer l’existant sans commencer par faire table rase ?

Un premier constat s’impose : qu’il s’agisse de l’habitat, de l’espace public, de la mobilité, le mauvais accueil fait aux plus pauvres ou aux plus exclus est représentatif d’une baisse de qualité plus générale, d’une « punition collective » appliquée à tous. L’équité urbaine intéresse donc l’urbanisme dans son ensemble, elle doit être la raison structurelle, et non un enjeu complémentaire.

Autre constat : l’espace public subit un gros processus de normalisation, il devient un lieu bardé d’interdits et d’autorisations. Pourtant, l’espace public ne devrait pas être régi par des règles de droit mais par des principes d’urbanité. A l’origine, la volonté des décideurs semble bien tendre vers l’équité, puisqu’ils souhaitent, en (re)modelant l’espace public, offrir un site utilisable par le plus grand nombre, quel que soit son moyen de transport ou ses difficultés motrices. Pourtant la voie choisie, technique, morcelle plus l’espace public qu’elle ne rassemble. Une autre voie semble oubliée : l’urbanité, la politesse, la civilité… alors même que la ville est la racine de ces trois mots ! Miser sur le comportement civique des usagers, leur offrir d’appréhender l’espace public différemment en les accompagnant serait certainement un moyen plus sûr de tendre vers l’équité urbaine, en allégeant considérablement l’espace public.

Ces exemples sont la preuve que même avec la meilleure volonté du monde, une intention d’égalité simpliste peut parfois provoquer un résultat inverse à celui attendu. La cause en est souvent une faiblesse au niveau de la démarche globale du projet, qui se doit d’être approfondie et mûrie pour aboutir à un résultat probant. De multiples exemples d’infrastructures de déplacement ou d’équipement, dont les conférenciers se sont fait l’écho durant ces Journées mondiales de l’urbanisme, sont la preuve de la complexité de la démarche.

La démarche, justement, s’appuie sur les nombreux outils dont disposent les urbanistes, et ces outils ne sont pas neutres. Même les plus fonctionnels et les plus techniques en apparence peuvent être porteurs d’équité, pourvu que leur usage soit conscient, volontaire et non bureaucratique. Des projets récents s’approprient ce récit d’équité en adoptant une nouvelle approche du territoire. Tous les travaux d’urbanisme pourraient-ils ainsi avoir leur composante d’équité ?

L’équité urbaine passe non seulement pas une programmation très attentive pour répondre à tous les usages, par la science du concepteur pour créer un urbanisme qui réunisse, mais aussi par la gestion dans la durée avec les habitants ou les usagers. Car l’équité n’est pas forcément là où on le croyait lors de l’élaboration d’un projet. Il est nécessaire de poursuivre la réflexion pendant les travaux et après qu’ils soient terminés, afin d’améliorer le projet initial et d’inclure les usagers dans le processus, ces derniers étant les plus à même d’aider les concepteurs à tendre vers une solution optimale. Des expériences participatives ou coopératives relatées montrent l’importance de démarches différentes pour construire l’équité urbaine. La démocratie participative, qui semble enfin trouver sa place dans le débat national, est incontournable. Comme déjà à Medellín, on remarque que l’exemple dans ce domaine nous vient maintenant souvent des pays du Sud. L’échange et l’équité urbaine auraient-ils partie liée ?

Poursuivre la réflexion

Quelques questions manquantes ont été évoquées lors de la synthèse : le lien entre équité urbaine et stratégie économique, équité urbaine et risque, environnement et équité… d’autres comme la définition de l’équité ou la question de l’égalité territoriale ont traversé tous les débats.

Medellín, la genèse du thème 2014

L’équité urbaine était en avril 2014, le thème du forum mondial, organisé par ONU-HABITAT, qui a rassemblé quinze mille personnes à Medellín en Colombie.

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La Société Française des Urbanistes a contribué à ce forum, dans le cadre de la délégation française organisée par le PFVT (partenariat français pour les villes et les territoires). Nos deux délégués, Jean Pierre Gautry et Alain Naman, ont animé à Medellín un atelier sur l’urbanisme intégré, participatif et coopératif, source d’équité urbaine. L’atelier fondait la notion d’équité urbaine dans la large participation qu’autorise une action coopérative. Des exemples colombiens de développement urbain collaboratif étaient présentés par des élus, ainsi que des actions réalisées avec les habitants en Amérique du Sud. La SFU présentait aussi la possibilité récente en France, de créer des sociétés d’aménagement coopératives.

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Le forum mondial à Medellin, et dans ce cadre l’action SFU et celle du PFVT tiennent un propos d’ensemble sur l’équité urbaine, à l’image de la position du professeur Stiglitz, par exemple, pour qui l’inégalité grandissante dans les métropoles mondiales est un danger pour l’équilibre de la planète.

Nos réunions des JMU 2014 ont proposé aux urbanistes de poursuivre cette approche. Plus attentifs à l’échelle locale qu’à la dimension mondiale, les forums des JMU ont abordé les questions précises qui se posent aux praticiens pour aller au quotidien vers l’équité urbaine.

AQUITAINE et SUD-OUEST – Urbanisme équitable ?

Pour contribuer aux Journées mondiales de l’urbanisme, la SFU Aquitaine et Sud-ouest a plutôt choisi de joindre ses forces à un projet local d’envergure qui lui permettra de traiter plus largement la thématique de l’équité urbaine. Et si l’urbaniste, par déontologie, inscrivait dans tous ses projets urbains une composante d’équité, appelant une vie urbaine meilleure ? Les membres participeront le 4 décembre prochain au grand rendez-vous bisannuel qu’est Échanges Urbains, un forum de valorisation de projets d’aménagement et d’urbanisme durables à l’échelle du Grand Sud. Organisée par l’Association des professionnels de l’urbanisme de Midi-Pyrénées, l’association des professionnels de l’urbanisme de Languedoc-Roussillon et l’association des professionnels de l’urbanisme d’Aquitaine et de Poitou-Charentes, auquel la SFU se joint, cette manifestation réunit à la fois des professionnels de l’urbanisme, mais aussi des élus et des techniciens.

L’objectif de cette soirée est de présenter une sélection de projets, par le biais desquels les participants pourront enrichir leurs savoirs et confronter leurs expériences, afin de contribuer à améliorer la qualité urbaine. Un appel à projet a été lancé, permettant de recueillir 106 candidatures. Désireux de privilégier les projets avancés ayant déjà une réalité concrète, sur ce critère, le comité de sélection en a retenu 40. Répartis dans quatre salles, les porteurs des projets disposeront de 30 minutes chacun, 15 pour la présentation, 15 pour les questions, pour présenter leur travail.

Projets de rénovation urbaine de quartiers, d’habitats coopératifs, développement de lieux dédiés à la coopération économique et à la transition énergétique, questions autour de l’urbanisme rural… les thèmes abordés seront variés et enrichissants. Voici trois exemples de projets à découvrir le 4 décembre prochain.

  • A Toulouse, un projet d’habitat coopératif
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Issu du dossier de presse Groupe des chalets

Le quartier de la Cartoucherie est le premier écoquartier intramuros de Toulouse. Situé sur un ancien site industriel reconverti, il accueillera 3100 logements, dont 35% d’habitat social et 25% en accession aidée. Parmi ces nouveaux arrivants, près de 90 familles se sont engagées dans la voie de l’habitat coopératif. Ensemble, elles participent à l’élaboration du projet en partageant leur vision de ce futur habitat, tout en étant très accompagnées dans cette démarche. Ce public, qui peut ainsi accéder à la propriété malgré des ressources parfois faibles, va ainsi bénéficier d’économies d’échelle, de construction et d’énergie. Charge à eux de voir jusqu’où ils pousseront la mise en commun de cet habitat coopératif, car outre un chauffage commun et l’achat groupé, ils peuvent également réfléchir à la construction de parties communes. Partager les jardins, aménager une salle de réunion transformable, en dehors de ces moments, en salle de jeux pour les enfants, prévoir une buanderie et pourquoi pas des chambres d’amis communes… La concertation permet non seulement de répondre au mieux aux besoins des habitants, mais aussi de faire en sorte qu’ils s’approprient leur futur quartier, puisqu’ils ont participé à son élaboration. Ainsi, les chances pour qu’une véritable vie de quartier existe dès l’arrivée des premiers habitants sont décuplées.

  • Les refuges périurbains de Bordeaux

L’idée est née dans le cerveau d’Yvan Detraz, un jeune architecte qui aimait à se promener dans les environs de Bordeaux : il envisage un jour d’aménager des refuges qui permettraient de faire le tour de la métropole bordelaise à pied. Ainsi, en 2010, un premier refuge en forme de nuage se pose à Lormont. Plus tard, une famille de hiboux en bois se niche au bord de la Garonne béglaise, puis une étoile investit une clairière de Floirac… Six véritables petites œuvres architecturales sont ainsi installées, prêtes à accueillir le randonneur, qui peut (re)découvrir le périrubain, la nature aux portes de la ville.

De plus en plus populaires, ces hébergements insolites attirent désormais autant les habitants de l’agglomération que des visiteurs de passage, invités à occuper gratuitement les lieux pour une nuit après réservation (uniquement durant les beaux jours).

  • « Ville sans limite », une enquête d’imagination publique
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Couverture de la présentation du projet Villes sans limite

Montpellier, ville d’avant-garde sur les questions numériques, a lancé le projet « Ville sans limite », pour libérer la créativité et inviter les habitants à inventer la ville facile à vivre. Ce projet prend la forme d’une application mobile expérimentale, qui permet à chacun de composer sa vision personnelle de l’évolution de la ville. Six thèmes sont proposés : le rapport à la nature, à la créativité, à la mobilité, à la densité, au monde digital et à la vie de quartier. Grâce à cette application, les utilisateurs prennent conscience des imbrications des différents thèmes, des équilibres instables susceptibles d’être bouleversés si une décision prise n’est pas parfaitement étudiée sous tous ses aspects. Dans le même temps, grâce aux réponses collectées, la ville peut agréger et analyser en temps réel ces données, puis les partager sur les réseaux sociaux. Véritable moyen de dialoguer avec les habitants, cette application est un lien entre les habitants et les professionnels qui pensent la ville.

BRETAGNE et PAYS DE LOIRE – Urbanisme participatif et équité urbaine

Puisque le sujet était l’urbanisme participatif, la SFU Bretagne et Pays de Loire a choisi de sortir des enceintes classiques dans lesquelles se tiennent ce type de rencontres, comme l’université, pour investir un lieu public et convier des personnes aux profils variés à prendre part aux discussions. Ainsi, une trentaine de participants, urbanistes, architectes, membres d’associations, mais aussi artistes, étudiants et citoyens intéressés par le sujet se sont joints à cette soirée organisée dans un restaurant sur le port de commerce de Brest.

Au menu : une réflexion sur la façon dont l’urbanisme intégré à la réflexion des citoyens permet un développement plus harmonieux de la ville. La démocratie participative prend peu à peu sa place dans les processus de décisions, à un rythme certes lent, mais elle enraye peu à peu la machine technocrate des élus qui excluait totalement, il y a peu de temps encore, les réflexions que pouvaient apporter les habitants sur leur environnement.

Cette présentation, menée par Laurence Garrigues-Kerhascoët, architecte, urbaniste et vice-présidente de la SFU, accompagnée de Jeanne Gueye, étudiante en master 2 ACT travaillant sur la participation des citoyens dans les projets d’urbanisme, s’est déroulée en trois temps.

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Photo issue du document de travail Equité urbaine et urbanisme participatif, de Laurence Garrigues-Kerhascoët

Un premier exemple probant d’équité urbaine au niveau mondial, qui a fait la Une chez les urbanistes en 2014, a été relaté : il s’agit de la ville colombienne de Medellín, qui accueillait le Forum Mondial Urbain au printemps dernier. Considérée comme la ville la plus dangereuse au monde jusqu’au début des années 2000, son nom était souvent associé à celui des cartels de la drogue. La ville se caractérisait par ses deux facettes distinctes et étanches : les favelas sur les versants à forte pente, et les quartiers d’affaires dans la vallée. Avec l’élection du maire Sergio Fajardo en 2003, des actions ont été entreprises pour améliorer la qualité de vie des habitants des favelas. Les travaux de construction de logements, d’accroissement de l’accessibilité et de mobilité, d’accès aux services essentiels et d’implantation d’équipements collectifs n’ont été entrepris qu’après avoir consulté la population. Réunions et conférences se sont enchaînées pour présenter le projet urbain, pour écouter et intégrer les besoins des habitants. Avec cette démarche, qui s’accompagnait d’un gros travail avec l’armée pour se débarrasser des cartels de la drogue, les habitants ont commencé à s’investir, à se sentir citoyens de leurs quartiers. L’objectif qui était de recréer un espace public et de redonner du sens à la notion de citoyenneté semble aujourd’hui atteint.

A une échelle nationale, les exemples qui ont suivi rendent compte de la manière dont les pouvoirs publics français tâchent, aujourd’hui, d’inclure de mieux en mieux les besoins des habitants dans l’élaboration de nouveaux projets. Jusqu’à présent, le mode de participation des habitants se déroulait essentiellement dans un cadre très administratif. Les collectivités ont l’obligation, depuis la loi de « démocratie de proximité » votée en février 2002, de tenir la population informée des projets qu’elles mènent. Ces démarches sont souvent réduites au minimum avec la tenue de réunions d’information. Pourtant les méthodes participatives susceptibles d’être employées sont diverses (voir encadré) et leur but est toujours le même : associer plus en amont et mieux la population et les acteurs locaux à l’aménagement du territoire. Plusieurs mouvements citoyens récents, tels que ceux qui se sont déroulés à Notre Dame de la Landes ou à Sivens, montrent l’importance d’un dialogue entre l’ensemble des acteurs concernés par un projet pour améliorer l’efficience des projets et éviter les erreurs d’implantation ou de dimensionnement des projets.

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Visuel issu du document de travail Equité urbaine et urbanisme participatif, de Laurence Garrigues-Kerhascoët

Un exemple probant est celui actuellement développé dans le Vaucluse à travers la mise en place d’une SCIC (Société Collaborative d’Intérêt Collectif). Ce type de structure permet de monter un projet commun en mettant sur un pied d’égalité l’ensemble des acteurs d’un projet, chacun ayant le même poids dans la décision finale. Tout le monde peut s’y intégrer : entreprises, habitants, collectivités locales, associations… Dans le cas de la SCIC St Eutrope, de nombreux acteurs se sont rassemblés autour d’une même table (promoteurs, associations sportives et culturelles, municipalité d’Orange, habitants, etc…) pour déterminer leurs besoins.

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Exemple SCIC St Eutrope – Visuel issu du document de travail Equité urbaine et urbanisme participatif, de Laurence Garrigues-Kerhascoët

C’est ainsi tout un morceau de ville qui se construit en collaboration. L’aspect participatif et collaboratif doit se poursuivre après la construction du quartier par la mise en place d’une mutualisation de certains usages : partage des places de parkings entre entreprises et habitants, mise en place d’un système de covoiturage…

Si les pouvoirs publics tâchent d’intégrer les habitants aux processus d’aménagement du territoire, ils envisagent aussi de leur laisser les rênes afin qu’ils s’organisent entre eux. Ainsi, la loi ALUR votée en 2014 permet désormais de créer des sociétés d’habitat participatif, des coopératives d’habitants et des sociétés d’autopromotion (promotion immobilière autogérée par les habitants). Grâce à ces structures, plusieurs familles peuvent construire ensemble leur projet d’habitat sur un mode participatif et encadré. Chaque ménage a sa propre cellule familiale -appartement ou maison- et met en commun la gestion du chauffage, de l’énergie, une buanderie, le jardin… afin de réduire les coûts et de développer une solidarité de voisinage. En Bretagne, plusieurs projets de ce type se sont développés ou sont en cours de développement. A Brest, le projet Ekoumène est l’œuvre de six foyers qui se sont unis pour aménager leur propre immeuble au sein d’une SCI couplée à une association ; à Morlaix, l’éco-hameau Le Verger, déjà construit, comprend trois maisons et des espaces verts collectifs. D’autres projets sont en cours de préparation actuellement, c’est certainement le début d’une tendance qui ne cessera de s’amplifier.

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Eco-hameau le Verger, Morlaix – Visuel issu du document de travail Equité urbaine et urbanisme participatif, de Laurence Garrigues-Kerhascoët

A la suite de cet article, vous trouverez quelques définitions sur l’équité, la participation et le cohabitat, ainsi qu’un tableau résumant les divers niveaux de participations existants.