L’habitat populaire au cœur des visites

La journée était découpée en trois temps : pour commencer, les participants se sont penchés sur la question de la fabrique populaire de la ville. Au sein de la maison d’église Saint-Paul de La Plaine de Saint-Denis, un poster et un plan relief permettaient de découvrir les problématiques avant de s’intéresser à ce quartier rénové, où vient juste d’être bâtie cette toute nouvelle église aux formes inhabituelles : deux grandes boucles de métal anthracite la composent. L’église est implantée au cœur des bureaux, dans un quartier rénové de Seine-Saint-Denis où l’on ne décèle quasiment plus de traces de mal-logement. L’endroit semble indiquer l’avenir vers lequel devraient tendre, dans l’idéal, bien des quartiers que s’apprêtent à traverser les participants au cours de cette journée. Mais ces réhabilitations posent une question : l’action normalisatrice des urbanistes gomme les traces, mais ensuite, où vont les mal-logés ? Qu’advient-il de leur économie précaire ?

Le département de Seine-Saint-Denis a été très marqué par les vagues successives d’immigration. Pour continuer à planter le décor, des extraits d’un film documentaire, Petite Espagne de Sophie Sensier, ont été projetés. Comme l’a rappelé avant la projection l’animateur de l’association Mémoire vivante de La Plaine Jacques Grossard, ce territoire au riche passé industriel était un lieu accueillant pour les personnes cherchant un emploi après-guerre. C’est ainsi qu’ont débarqué tour à tour une population française de province en quête de travail, puis des immigrants d’Europe du Sud, des maghrébins, des gens d’Europe de l’Est… Témoignant de la précarité du cadre et vie, mais aussi de la fraternité entre voisins à cette époque, Benoît Pouvreau, du Service du patrimoine culturel du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, a présenté l’historique des bidonvilles du département en s’appuyant sur des photos évocatrices en noir et blanc. Martin Olivera, anthropologue, a pris le relais de la présentation pour poser la question de l’errance, en évoquant la figure du migrant. Prenant pour exemple les Roms, il s’interroge sur la différence entre cette population dénigrée et les migrants économiques en quête d’insertion normale, que l’on a pu croiser sur le territoire aussi bien hier qu’aujourd’hui, et que l’on croisera encore demain. De même, l’anthropologue souligne le sens du terme « campement illicite » qui a peu à peu remplacé celui de bidonville. La modification du vocabulaire employé induit une justification de la non application du droit qui protège les mal-logés, et la destruction violente de leurs maisons de fortune.

La matinée s’est poursuivie en abordant la seconde thématique de ces rencontres : la diversité des formes d’habitat populaire. Les intervenants ont parcouru le quartier Cristino Garcia-Landy de Saint-Denis et Aubervilliers, et ont pu découvrir la diversité des propositions faites par la communauté d’agglomération Plaine commune et la SEM Plaine commune développement, pour l’accès au logement de toutes les classes sociales. Dans ce quartier, comme lors de chaque rénovation, on peut ainsi constater que les reconstructions sont destinées à un autre public que celui, très pauvre et souvent dépourvu de droits, qui avait investit les lieux initialement.

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Crédit photo : Caroline Motta

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Crédit photo : Caroline Motta

Le parcours a ensuite longé la Cité des Francs-Moisins de Saint-Denis pour rejoindre la Cité des 4000 de La Courneuve, où l’arrêt s’est prolongé suite à l’accueil chaleureux des habitants du bidonville de la rue Pascal, aussi surnommé le « platz de la Courneuve » en référence à l’origine des habitants, tous issus d’Europe de l’Est (voir l’encadré). Dans un espace restreint et enclavé, à l’écart des regards, une micro-cité organisée a émergé de la seule volonté de ses habitants. Devant ce phénomène, les pays du Sud ont tendance à tâcher d’intégrer ces fragments de ville qui s’auto-construisent, estimant qu’il s’agit là de la meilleure solution qu’ils ont à proposer à cette population. En France -et dans une très large partie des pays du Nord-, une attitude inverse est adoptée : sans forcément proposer de solution, ces zones sont rasées, puis d’autres projets destinés à un public différent, remplacent les bidonvilles. Ainsi, les habitants de la rue Pascal risquent d’être expulsés prochainement, une décision judiciaire doit être prise fin novembre.

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Immeubles Projet de rénovation urbaine Clichy/Montfermeil Crédit photo : Caroline Motta

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Immeubles quartier du Chêne pointu Crédit photo : Caroline Motta

Avant le repas, un passage par la cité des Bosquets de Clichy-sous-Bois a permis d’aborder la question de l’avenir de la Tour Utrillo. Le projet qui consistait à reconvertir la tour en villa Medicis, pour accueillir des artistes en résidence, semble maintenu par la nouvelle ministre de la Culture. Il compléterait la reconversion de ce quartier qui devrait enfin être désenclavé grâce à la construction de l’une des gares du Grand Paris Express. Cette matinée chargée s’est terminée autour d’un buffet froid parfaitement exécuté, dont la préparation avait été confiée au chantier d’insertion Initiatives solidaires et à l’équipe de restauration ALJ 93, permettant ainsi de rester dans la thématique de la fabrique populaire de la ville et de l’inclusion de tous ses habitants. A ce sujet, l’un des participants tient à noter que ce déjeuner était la preuve que les habitants « savent délicieusement cuisiner la ville sans les conseils des grands chefs des palaces parisiens » !

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